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  • Photo du rédacteurBenoît Bérard

L’Arc

Dernière mise à jour : 5 mars

UN FIL TENDU


À mon ami le Glaude

Dont l'étoile tout juste filée

Constelle ma Voie lactée



À l’origine de cette expédition, un chemin qui s’endort.


Un fil bercé par le ressac de cette fin de terre où les rêves s’évanouissent en vestiges, freinés subitement par les falaises, en témoignent ces innombrables paires de chaussures qui achèvent leur histoire.


Seules.


Immobiles.


Abandonnées sur l’un de ces rochers dorés,

Tenant entre leurs doigts le fil d’une aventure aux milliers de lacets.

Comme une main que l’on ne lâcherait pour rien au monde,

Bien au-delà de cet océan vers lequel convergent, depuis des siècles,

Une multitude de regards.


Leurs couleurs évaporées aux vents,

De ce cap comme dernière demeure,

Rêvant tout comme moi d’accrocher un bout d’aventure encore,

À ce fil soudain évanoui.


Assis sur ce replat d’herbe salée jusqu’à ce que tout relief épouse un même contre-jour, je sens naître une promesse. Celle de donner à mes semelles des allures amphibies. Attacher une autre ligne, la dérouler vers le couchant, un soleil comme unique contrepoids à cette lumière qui m’a sorti des ténèbres, après quelques mois où mon engagement a dérivé un peu trop loin des rivages de mon quotidien.


Je le traverserai cet Atlantique !

Seul.

Et aussi mobile que ce défi de liberté.

Mais sans solitude.


Un idéal qui a fini par se heurter au champ des possibles, ou à quelques prétextes.

Je me dis parfois que j’ai manqué de ce courage qui permet de saisir le rêve dans toute sa pureté, sa fragilité et son innocence.


Surtout.


Je suis entré dans la danse des compromis, abandonnant mes falaises au port crasseux de St-Louis du Rhône, détachant dès le départ ce fil que l’on m’avait confié. Mais ouvrant à la fois la possibilité de le raccommoder en deux endroits : de Porto à Gibraltar ou de La Chaux-de-Fonds à l’embouchure du Rhône. Comme une rassurante perpective de rapatrier cette expédition à son essence et dont je me garde bien d’en dévoiler davantage.


Pour le moment…


Une semaine déjà qu’Omaya s’est endormie, fatiguée - tout comme nous - des sollicitations et contraintes incessantes de l’océan. Une parmi des centaines qui se repose dans la plus grande marina des Caraïbes, dans une baie au sud de la Martinique, plus connue sous le nom de Cul-de-Sac du Marin. Comme pour évoquer qu’après un tel voyage il n’y plus d’ailleurs. Seule l’envie de s’y échouer, pour toujours, comme le font d’ailleurs un certain nombre de voyageurs.


Sans moi les amis !


Ici, je ne laisserai qu’un ancrage pour mon fil,

Et le soulagement d’avoir pu panser les dernières plaies d’Omaya,

Le souvenir ému d’Oded à qui je dis au revoir,

Dans la brièveté et la simplicité qui caractérisent,

Cet instant où l’on réalise,

Que le temps qui sépare l'unique bonjour et cet au revoir,

Comme un autre fil,

S’appelle à présent,


Amitié.


Dans mes précédents récits, je me suis souvent efforcé de trouver des mots pour décrire la beauté et la force de cette nature qui ne cessera jamais de me surprendre, de me chambouler et d’inspirer bon nombre de mes choix. Comme une source intarissable à la potentialité presque infinie dans laquelle je puise depuis toutes ces années, probablement depuis mon enfance même. Bien souvent, c’est face à elle (pas dans une perpective d’opposition mais plutôt dans l’idée d’en faire partie), surplombant quelques paysages de ce monde - dans une efficace inaction - que de grandes interrogations se sont désenchevêtrées de manière aussi fluide que l’un de ces habiles tours de passe-passe où l’on démêle l’impossible. Une volonté consciente d’écrire sur ce que ce monde confère à l’émerveillement, d’exprimer l'idée que l'environnement ou les aspects de la vie présentent des opportunités pour ressentir un sentiment positif de fascination ou d'admiration. Un contre-pied à ce mouvement en vogue qui souhaite allier le voyage à de poignants témoignages sur la manière dont notre planète se dégrade, mettant à jour de terrifiants stigmates, amplifiant considérablement l’anxiété collective. Lancinante ritournelle où une personne mordant un chien serait un scoop alors que l’inverse très probablement pas.


Sans jugement d’abord.


Sans prétention ensuite.


J’avoue même avoir pensé à être l’un de ces porteurs d’étendards. Mais surgit alors une question : au temps des solutions, celui des alertes n’est-il pas déjà un peu suranné ?


Pour la première fois, véritablement, je sens que cette partie initiale de mon expédition peut filer entre mes doigts. Si près du but. Certes, débarquer prématurément à Alicante après avoir essuyé deux tempêtes - celle qui a soulevé la mer, mais surtout celle qui a trop tôt fait chanceler Argo - aurait pu être un choix lourd de conséquences pour mon expédition. Mais, submergé par la sensation d’avoir sauvé ma peau, comme un profond soulagement, et guidé par cette étoile qui m’a permis de trouver en moins de deux jours, probablement, le seul bateau qui quittait Alicante à cette saison et qui devait filer vers l’Atlantique, n’a pas vraiment laissé le temps aux questionnements de remplir cet espace et aux inquiétudes de s’enrouler autour de mes pensées.


La multitude d’embarcations qui parsèment la baie du Marin offre certes une ribambelle d’occasions pour trouver un nouveau navire vers le nord, mais la configuration des lieux ainsi que la saison rend les recherches particulièrement difficiles. La marina est principalement occupée par des compagnies de charter qui embarquent des groupes de touristes que l’on voit arriver, leur valise à roulettes à la main (sachez que c’est très malvenu à bord) et qui, aussitôt installés, commencent par rougir leur peau en deux phases : le soleil d’abord, le rosé-glaçons ensuite. Les bateaux privés eux, mouillent dans les anses alentours, rendant leur approche moins aisée car ils ne sont accessibles que par voie aquatique. Pour rajouter à la complexité de cette situation, l’itinéraire que je souhaite emprunter est très inhabituel et peu fréquenté, surtout depuis les îles des Antilles françaises dont la Martinique et la Guadeloupe font notamment partie.


Dans les ports, de l’autre côté de l’Atlantique, et de plus en plus à mesure que nous nous sommes rapprochés du Cap-Vert, dernière étape possible avant le grand saut, une rumeur effervescente planait encore entre les rangées de bateaux alignés le longs des docks. De brèves œillades suffisaient souvent à trahir la curiosité de chacun, comme pour jauger si sa propre préparation était suffisante par rapport à celle de ses voisins. S’engageaient alors rapidement de longues discussions sur les bateaux, leurs caractéristiques, l’itinéraire prévu, les stratégies pour éviter ou parer les nombreux dangers, les habitudes et l’expérience des uns et des autres. Tout cela ponctué par des anecdotes à l’accent marseillais. De vrais petits villages flottants où très vite tout le monde se salue, favorisant les échanges.

Ils avaient cela d’uniques que tout le monde possédait ce qui constitue peut-être le bien le plus précieux de notre époque.


Le temps.


Bien que les chiffres soient souvent au coeur des échanges et que je ne me souvienne pas qu’on m’ait demandé quelle odeur avait la pluie aujourd’hui ou ce qui me rendait heureux, ce microcosme n’est pas sans me rappeler celui du Chemin ou d’autres plus courtes épopées. Animé par des rituels de discussion certainement aussi anciens que le temps des premiers voyages - aussi vieux que nous en somme - j’observe la manière dont les adultes (auxquels je m'inclue) entrent en communication sous un nouveau jour. Notre processus d’apprivoisement est souvent long et jalonné par une série de questions bien établies ou d’étapes factuelles, dont la météo est souvent la porte d’entrée, et qui ne distillent, au fil de la conversation, que quelques gouttes de ce qui constitue l’essence de notre personnalité.

Tandis que les rares enfants qui gambadent les uns vers les autres sur les pontons n’y vont pas par quatre vents. Il ne leur suffit que de quelques instants pour entrer, avec toute l’implication et l’imaginaire qui les caractérisent, dans des jeux de rôles dont les barrières linguistiques s’ouvrent aux décors déjà invisibles à mes yeux, laissant derrière eux des gallions aux ventres remplis d’un or aussi pur que le trésor de leur innocence.


Jouer à l’océan ne tolère aucune tricherie, aucun arbre pour dissimuler notre vif*. Les derniers reliefs évaporés dans les mirages de l’horizon, les premières difficultés apparaissant - et il y en a toujours - la mer se charge alors de révéler ce que nous sommes intrinsèquement, sans détour. Au sein des bleus les plus amples, loin de toute échappatoire, sans aucun chemin de fuite, une vie ne peut tenir qu’à ce fil. Alors autant s’assurer qu’il soit solide. Surgit alors un dilemme dont il m’est toujours aussi difficile d’en démêler la complexité, à moins qu’il ne soit que rhétorique.


Celui qui oppose la première impression à l’intuition.


On dit qu’il ne faut pas se fier à sa première impression et pourtant je sais ô combien les signaux envoyés par mon intuition sont de fidèles alliés à qui je dois laisser une place prépondérante dans mes choix. Qu’est-ce qui appartient à la première ou à la seconde ? Comment trier ces différents signes ? Il m’apparaît que la première impression peut être embrumée par des préjugés ou des a priori tandis que l’intuition est cette force pure qui tente de se faire entendre à travers l’épaisseur plus ou moins dense des couches aussi complexes que celles de notre psyché, qui englobe entre autres l'esprit, la pensée, les émotions, la conscience, et d'autres aspects de la vie mentale. Bien que j’essaie autant que possible de faire confiance et de lâcher prise, je sens aussi que ce conflit intérieur prend une place considérable et que je qualifierais de presque vitale dans ce qui occupe le plus clair de mes journées en Martinique.


Trouver un autre capitaine.


Tresser mon aventure un peu plus loin à l’ouest à travers les petites puis les grandes Antilles, tendre une corde aux extrémités de cet arc d’îles et plus haut encore, autant que possible, jusqu’aux côtes de la Floride où se matérialiseraient ces images auxquelles je me suis tant accroché lorsque ma vie se frayait, à tâtons, un chemin dans l'obscurité.


Pourvu que mon fil tienne…


Je suis prêt à renoncer. À faire un saut de puce au regard de la longueur du parcours que j’ai effectué jusqu’ici. Prendre un ferry pour rejoindre la Guadeloupe. Quelques dizaines de milles pour y tenter ma dernière chance. Un ultime baroud d’honneur avant de peut-être, me résigner à prendre un vol car plus aucun ferry ne navigue après cette île. J’ai déjà pris mon billet, réservé une petite chambre à Pointe-à-Pitre et me suis fait une raison. Bien que ça ne soit pas en voilier, je me dis que « la Commission de validation » de mon expédition sera certainement disposée à accepter cette courte entorse à la règle. Tant que je reste à flots…


Oded m’avait dit : « Tu trouveras un bateau le lendemain de notre arrivée ou la veille de mon départ. »


J’aperçois Megan et Thomas, un jeune couple franco-américain arriver au bout du ponton, leur sac de marche sur les épaules. Ils s’arrêtent à ma hauteur, me saluent et me confient leurs bagages.


Annie et Marc arrivent quelques minutes plus tard. Elle possède une énergie débordante. Lui un calme qui paraît inébranlable. Entre les deux, un fil invisible sur lequel s’équilibrent des qualités aussi opposées que complémentaires. Et une générosité dont je ne peux m’abstenir de faire hommage tant ce qu’ils sont prêts à nous offrir, à nous trois, me paraissait inespéré. Un embarquement immédiat pour l’île de Saint-Martin, sans la moindre participation aux coûts. Simplement les aider à amener Anushka en un seul morceau à trois jours d’ici pour y livrer une voile - un parasailor - dans le cadre de leur activité de revendeurs officiels pour la France. Une voilure unique aux qualités innovantes qui offre une polyvalence et une performance améliorées par rapport à un spinnaker traditionnel, notamment grâce à son aile horizontale qui se gonfle avec le vent.


Le ferry est parti il y a une heure.


Sans moi.


Le Diamant, mystérieux rocher au profil enrubanné d’une végétation préhistorique. Sombres cavités aux légendes assoupies d’où scintillent probablement quelques écus à l’iris dorée. Poussières de ptérodactyles et remous écumants, comme autant de pièges aux aventuriers qui se risqueraient à réveiller des nuages de chauves-souris. Vigie au regard primate qui laisse Anushka déployer ses ailes, comme portée par une foule acquise à sa cause, de bleus en vagues, de creux en crêtes embrumées d’où le Mont Pelé nous souffle un dernier au revoir.


L’expiration jaillissante d’une baleine à bosse comme une escorte, alors que la Dominica se substitue doucement à cet horizon, dont chacune des terres à venir siègera un peu à sa place, le long de cet arc que forment les petites Antilles, où l’une s’abandonne sans cesse au regard de l’autre. Un saisissant relais aux volcans endormis dont je m’imagine être la torche qui pourrait réveiller leurs brûlantes ardeurs.


Alors que je remonte petit à petit la piste de ces miettes jetées à l’océan, il y a les îles qui défilent et celles que je file.


Je suis Arianne dans mon labyrinthe.


De la Martinique ; la renaissance d’un échoué.


Dans les méandres des frontières, des nations affranchies aussi petites que leurs îles et des territoires d’outre-mer, l’appétit insatiable des états colonisateurs a laissé des cicatrices dont l’aberration n’a de rival que le non-sens. Comme le territoire insulaire de Saint-Martin, pas plus grand qu’un bac à sable à l’échelle mondiale, avec sa moitié nord française et sa partie méridionale néerlandaise.


Dominica ; silhouette abandonnée à ses lumières nocturnes.


Guadeloupe ; mouillage forcé dans la baie de Deshaies. Plus de deux mois que je n’avais pas vu ainsi la pluie. Celle qui lave de l’horizon jusqu’au vert des pitons. Celle qui envoie des milliers de mains clapoter sur le pont du bateau et ces dizaines de pélicans qui perforent - avec une fulgurante agilité - la surface déjà criblée de cette anse qui s’agite, se retourne, qui gronde à la nuit tombée, et dont les mâts des quelques voiliers abrités, s’escriment désespérément dans le fracas assourdissant de leurs cales régurgitées jusqu’à ce que le gris s’efface et que quelques rayons griffonnent une promesse de départ.


Cinq à bord d’Anushka ! Je découvre les joies d’une navigation où la relative lenteur n’a d’égal que la bonne humeur qui règne à bord. J’aime particulièrement voguer aux côtés de Marc. J’ai autant à apprendre de ses compétences techniques que de cette force tranquille qui l’habite. Comme si après soixante-quatre ans à la barre il était, lui aussi, devenu un peu, océan.

La confiance qu’il me témoigne est valorisante et me permet de mesurer les progrès que j’ai réalisés après toutes ces semaines à bord et dans des conditions si variées. J’ai été à bonne école ! J’acquière la nomenclature qui me manquait puisque c’est la première fois que je navigue en français. Je mange jusqu’à plus faim, j’apprends le bridge. Chacun apporte un peu de la lumière qui brille en lui, comme celle vers laquelle nos yeux s’attardent, les doigts croisés, aux horizons absents de nuages, mais inondés de cette pâleur crépusculaire d’où l’on espère, au moment où le disque solaire basculera de l’autre côté, voir jaillir une énigmatique et légendaire, lumière verte !


Comme une chasse au trésor.


Montserrat ; défilé de laves effilées. Embrasement du ciel. Soufrière.


De Saint-Christophe-et-Niévès je ne foulerai que la première, seconde dans le sens du cortège. Le plus petit pays d’Amérique en deux confettis déposées sur l’océan. La jungle de la bureaucratie immigratoire d’abord, puis celle moins dense des pentes abruptes du Mont Liamuiga, mais dont la biodiversité en nuances presque infinies de verts s’entrelace au coeur de cette forêt pluviale. Fine sente bordée de fougères géantes qui ruisselle parfois dans d’étroites tranchées creusées par l’eau tiède et qui s’étire jusqu’au sommet. Enchevêtrement de lianes et palétuviers aux racines verticales, cloisons de bois tendre, lisses et glissantes. Palmes aux phalanges pointant vers l’arrête de la caldera que nous longeons jusqu’à ce que quelques lambeaux de brume avalent nos derniers pas. Lorsque soudain, graciés par une transperçante lumière qui ouvre quelques fenêtres dans un ciel tenu à l’écart de ce spectacle grandiose, nous découvrons, en contrebas, le luxuriant joyaux d’un cratère qui a fini par céder face aux forces conjuguées d’une végétation dont nul ne peut freiner la progression. À chaque regard, elle paraît s’étoffer davantage, bouillonnante de vie.


Exaltation végétale.


Saint-Eustache ; perfection conique aussi fuyante qu’un regret.


Ombres géantes suspendues à l’horizon, fanons distendus, éclaboussures insensées. Rien n’est plus certain que la silhouette d’une baleine à bosse qui surgit des profondeur pour gober une étoile. Rien ne devient plus incertain que cet instant qui se fond déjà en souvenir et qui se délite en presque mirage.


Saba ; forme déjà évaporée.


Saint-Barthélemy ; aux contours distingués, aux riches sans distinction.


Il nous aura finalement fallu huit jours pour apercevoir les reliefs de Saint-Martin car à la voile, quels que soient les plans que l’ont fait, à la fin c’est toujours la nature qui décide.

La baie de Marigot nous apparaît alors que le jour s’estompe aux sons des dernières festivités de Carnaval, une tradition culturelle qui se drape d’une importance aussi haute que les immeubles de la partie néerlandaise que l’on distingue de l’autre côté du lagon.


Dans mes derniers articles, j’ai également évoqué mon humilité face aux éléments et les difficultés inhérentes au défi que je me suis lancé au fil du parcours concret que j’ai effectué à travers mers et océan sur près de dix mille kilomètres - j’ai presque envie de dire - déjà. Je n’ai rien combattu, aucun Homme n’a assez de force pour s’opposer à la puissance de l’eau et du vent. Encore peut-on tout juste se faire oublier ou se faire tout petit, et idéalement, accepter. Comme obtenir une permission de passer, au prix d’inévitables secousses, violentes parfois. Un moyen de nous rappeler à notre condition fragile et modeste. Sans mentir, toutes les fois où j’ai - nous avons - eu la prétention d’être à l’abri ou d’avoir le contrôle, le rappel à l’ordre a été brut et sans appel.


Avec pudeur, au détour de quelques phrases, j’ai aussi fait timidement et vaguement allusion à certaines difficultés que j’ai traversées dans les mois qui ont précédé cette aventure et qui font partie des moteurs de ce voyage.


Dans les coulisses d’une expédition telle que celle-ci, le chemin intérieur que je parcours évidemment, mais aussi l’engagement considérable qui permet de faire basculer l’idéal dans le possible, le rêve dans la réalité. Toute l’énergie déployée pour que ma promesse des falaises soit honorée alors qu’elle ne tient parfois, qu’à un fil. Et je veux bien l’avouer aujourd’hui, cette pièce qui se joue en coulisse, à l’abris des regards et des mots, qu’elle est parfois difficile !


Megan et Thomas ont trouvé une embarcation pour la Floride, où ils se rendent également. Le capitaine n’a plus assez de place pour moi.


Point culminant des résistances que je rencontre au crépuscule de cette première partie d’expédition, comme une métaphore, ce sentier abrupte vers le sommet du volcan à Saint-Christophe. Alors qu’il requière à présent l’aide de mes deux mains pour le gravir, je sens le poids d’un presque découragement et la crainte de devoir, pour la seconde fois, entailler la cordée de mes promesses.


Quand soudain…


Apex !

Deux mains.

Espoir providentiel

Tendant la première et qui,

De la seconde comme un signe,

Sur un buisson au bord du chemin dépose,

En une gracieuse et inescomptée révérence,

Ce couvre-chef brodé en grandes lettres : FLORIDA !


Le soir-même, Mark me téléphone, il a changé d’avis.

Nous poursuivrons tous les trois à son bord.


Après presque trois mois de cet océan que je n’en finis pas de parcourir, mon expédition a fini par épouser les oscillations des vagues, des sombres creux aux crêtes évanescentes.


Au souvenir de ce petit aimant à la forme d’une plaque minéralogique de la Floride et de cette casquette à la même effigie, toutes deux apparues dans des phases cruciales de mon épopée, je me plais à penser aux objets et à leur histoire. Comme tous ceux dont j’ai souhaité m’alléger avant mon départ et que j’ai été si heureux de les entrevoir poursuivre sous une nouvelle lumière, au bénéfice de toute cette attention et de tous ces égards.

Les histoires qu’ils renferment précieusement et celles dont ils sont témoins. Celles qui traversent les millénaires pour arriver jusqu’à nous et celles qu’ils poursuivent au-delà de notre existence. Les autres qui évoluent en passant d’une main lassée à une main réjouie, objets sortis de l’ombre puis placés dans la chaleur d’une alcôve. Et puis celles dont le temps écrit les rendez-vous dans des cycles presque aussi incalculables que les ellipses des étoiles, constellations aux mouvements si immenses qu’ils nous paraissent statiques.


L’art d’écrire ces rencontres.


Tracer des courbes presque destinées.


Dessiner des fils aux souliers abandonnés.


Tresser mon histoire,


À ce fil tendu.



Mon tas de bagages alors que je m’apprête à monter à bord d’Anushka.

Pitons verdoyants de la Martinique.

Baie de Deshaies.

Forêt pluviale de Saint-Christophe.

Palétuvier.

Cratère du volcan Liamuiga.

Espoir !

Saint-Eustache.

Saint-Martin à bord d’Anushka.

De gauche à droite : Benoît, Thomas, Annie, Marc et Megan.

*Concept emprunté à Alain Damasio dans son fabuleux livre La Horde du Contrevent.





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4 Comments

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Guest
Mar 25
Rated 5 out of 5 stars.

Merci cher ami de nous partager ainsi ton aventure, pleine de poésie et de persévérance. Puisse ton vif être éternellement noble et généreux, et ainsi te mener de l’autre côté de cette terre désormais sous tes roues. Courage l’ami, Aberlaas se rapproche chaque jour pédalant. TP

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Guest
Mar 24
Rated 5 out of 5 stars.

Salut Benoît,


Qui pouvait croire que cette traversée se limiterait à ne contempler que les plus beaux paysages, et à ne collectionner que de nouvelles amitiés.

Juste après ta magnifique épopée sur Omaya, au moment du doute, surgit " ta promesse des falaises " (que je découvre) par l'entremise d'une casquette... , t' appelant à la persévérance et à la détermination.

Bluffant !

Admiration !


Christian L. (ami de Vincent)


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parasailor.france
Mar 04
Rated 5 out of 5 stars.

Quelle écriture limpide et mouvante, émouvante dans le sens qu’elle nous émeut mais aussi fluide que la mer elle-même !

Hâte de te voir poursuivre ton aventure et de lire ce que tu choisiras de partager.


ANUSHKA, Marc et moi garderont précieusement le souvenir de ta présence à bord.


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Benoît Bérard
Benoît Bérard
Mar 05
Replying to

Venant des marins avisés que vous êtes, ce joli compliment a une consistance toute particulière.

MERCI !

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Salut !

Bonne lecture !

 

Laisse-moi un petit  commentaire, je le lirai avec plaisir.

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