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  • Photo du rédacteurBenoît Bérard

Expédition

Dernière mise à jour : 3 mars

LES ORIGINES


Enfant déjà, je rêvais d'être un garçon des premières nations, un Indien d'Amérique comme je disais à l'époque. Je partais seul avec mon arc dans la forêt avec l'espoir de réussir à chasser quelque chose. Une force inexplicable me poussait déjà à chercher le contact intime avec la nature qui m'entourait, à partir à l'aventure. Chasser était un prétexte, une manière de me sentir libre et autonome.


Enfant qui tire à l'arc
Moi enfant et mes rêves d'aventure.

Durant plusieurs années, ce constituant essentiel de mon être est resté endormi ou s'est ponctuellement manifesté à travers de multiples et courts voyages aux quatre coins de la planète. Mais à chaque fois, l'appel de cette nature sauvage et inviolée a été plus fort. À mesure que je grandissais et que je gagnais en expérience, j'ai à chaque fois poussé le curseur un peu plus loin, élargissant ma zone de confort.


Il y a deux ans, plusieurs événements ont chamboulé ma vie et le parcours tout tracé d'une vie d'ordinaire n'a soudainement plus résonné avec ce que je croyais être, au fond de moi. Et pourtant, ma vie ressemblait en tous points avec ce que la société d'aujourd'hui pourrait qualifier de réussite : une vie professionnelle accomplie qui me permet à la fois de me prémunir de la richesse et du besoin, un tissu social étoffé, une situation amoureuse stable qui m'aurait permis de cocher toutes les cases d'un modèle presque unanimement reconnu. Acheter une maison, se marier, avoir des enfants... Pourtant, malgré tout cela, je ressentais comme un vide que je ne parvenais pas à combler. Tout ce qui m'avait porté jusqu'à présent, c'est finalement sur mes épaules que j'ai senti son poids. L'iceberg était en vue ! Le "paquebot" que que j'avais passé toute ma vie à construire avait une telle inertie qu'il ne m'était plus possible de rester à bord si je souhaitais éviter l'impact.


Compostelle : la marche du soleil


Il fallait sauter dans ma "coquille de noix" et prendre enfin du temps pour me reconnecter à moi-même, avec ces instincts d'enfant que j'avais laissés en sommeil. Pendant un temps, vivre une vie constituée d'être plutôt que de faire. Pour moi, éviter l'iceberg c'était faire mon sac à dos et partir à pied, vers l'ouest, tant que cela était possible. C'est ce que j'ai fait. Je suis parti de chez moi et ai marché de La Chaux-de-Fonds en Suisse jusqu'à Porto, le long du mythique Camino de Santiago.


"Marcher aujourd'hui vers un sanctuaire, c'est refuser de vivre hors-sol. Quand la tempête survient dans une existence, il est bon d'imiter l'arbre qui, sous le vent, compte sur ses racines pour rester debout." Edouard Cortès

Ce matin du 07 mars 2022, il n’est pas loin des neuf heures. À travers la fenêtre laissée ouverte, les contours des Crêtes du Jura découpent le bleu profond de cet hiver qui montre ses dernières dents; la promesse d’une nuit glaciale. Je ferme la porte de mon appartement. Derrière elle, j’ai laissé beaucoup de pleurs et cette impression d’être - durant quelques temps - passé à côté de mon existence, me nourrissant d’inessentiel, dans l’attente d’un bonheur dont je n’ai saisi que l’écume laissée dans son sillage. C’est une marche vers le printemps. La marche du soleil. Tout droit à l’ouest, là où il se couche, c’est Santiago de Compostella. Et plus loin encore, les vagues de l’Atlantique.


Un matin sur le Chemin de Compostelle entre Burgos et León, Espagne.

Un pas après l’autre, durant près de 80 jours, de cette lumière qui étire les ombres à l’horizon, c’est la mienne que je retrouvai chaque matin, face à moi. Les heures défilant jusqu’au crépuscule, mon regard tourné vers le soleil, inéluctablement, mon ombre se retrouvait dans mon dos, collée à mes talons. J’y ai vu tout un symbole, une raison pour avancer. Car arrivé au Cap Finesterre ce 27 mai, au « bout du monde », alors que mon chemin s’évanouissait au pied des falaises battues par les vagues, ce soir-là, c’est mon reflet que j’ai (re)trouvé. Les ombres étaient derrière moi.


Assis durant de longues heures face à cet infini azur, jusqu’aux premières étoiles, par-delà l’océan, je me suis mis à rêver de poursuivre ce chemin vers l’ouest. Les origines de cette expédition. La première lumière de cette Constellation.


Constellation : une expédition aux hôtels 5 milliards d'étoiles


J'ai ensuite poursuivi mon chemin le long des côtes atlantiques jusqu'à Porto. De retour en Suisse, j'ai fait un détour de quelques jours le long du sentier des Crêtes du Jura, pour revenir à la maison de la même manière que je l'avais quittée, c'est-à-dire à pied. J'étais parti comme un randonneur, je suis revenu pèlerin.


Après ce voyage, j'ai pensé que ce périple avait suffi à épancher ma soif d'ailleurs, d'inconnu, d'aventure, mais au contraire, il n'avait fait que réveiller ce qui s'était assoupi durant toutes ces années. Tant de fois, j'ai repensé à ces heures passées face à l'Atlantique, au Cap Finisterre, au bout de l'Espagne et à ce désir soudain de poursuivre ma route, par-delà l'Atlantique.


Cap Finisterre
La fin du chemin vers l'ouest au Cap Finisterre, Espagne.

Quelques mois plus tard, il était devenu évident que je devais tout faire pour accomplir ce rêve. Cette idée née de l'horizon a fait grandir un projet. Celui que je présente aujourd'hui. Traverser l'Atlantique à la voile jusqu'en Floride, puis les États-Unis d'est en ouest, à vélo, par les états du sud, pour arriver au départ d'un des deux mythiques sentiers de randonnée : le Pacific Crest Trail (PCT) ou le Continental Divide Trail (CDT). Tous deux s'étirent de la frontière mexicaine jusqu'au Canada.

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2 Comments

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j_vermont
Aug 16, 2023

Salut Benoît.

J'adore ton blog, c'est super ce que tu écris et les photos aussi.

Je me rappelle de ton goût pour l'aventure enfants et je me rappelle que je te voyais comme quelqu'un qui pourrait vivre dans la forêt avec son couteau "suisse". Aujourd'hui quand je lis ton blog je comprends mieux pourquoi ! Au plaisir de te lire et merci pour le partage.

Bises

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Unknown member
Aug 17, 2023
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Salut Julien ! Merci pour ton retour, ton soutien et ces souvenirs que tu fais remonter. J'espère ne pas devoir à me débrouiller uniquement avec un couteau suisse, mais si ça serait déjà un bon départ ;-) Au plaisir de de te lire et de te voir bientôt, bises

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Salut !

Bonne lecture !

 

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